Madame
Spès Nihangaza.Cette
dame et son association,
Famille pour Vaincre
le Sida (Fvs-Amade)
accueillaient
orphelins du sida
et de guerre dans
une maison située
au centre de Bujumbura
la capitale du
Burundi, les nourrissaient
et les accompagnaient
à l'école.
Les années
ont passé.
Entre-temps, la
structure a développé
des méthodes
originales d'insertion:
les petits déshérités
sont pris en change
tout au long de
leur parcours
socio-éducatif.
36.000
enfants sont aujourd'hui
aidés,
beaucoup d'entre
eux sont placés
dans des familles
d'accueil qui
sont à
leur tour suivies
et aidées
(obtention de
microcrédits
par exemple).
Un réseau
de plus de 12.000
bénévoles
répartis
dans tout le pays
assure un suivi
de proximité.
Parmi les premiers
aidés de
l'association,
certains sont
devenus des notables,
d'autres aident
à prendre
en charge leurs
cadets....
Quelques jours
avant Noël
dernier, Spès
Nihangaza s'est
vue récompensée
par le Prix international
de la "Femme
de l’année
2010", une
distinction décernée
annuellement en
Italie dans la
Vallée
d’Aoste.
Plus
endurantes.
La Burundaise
a épaté
par la constance
et l'exceptionnelle
durée de
son engagement.
Dans son pays,
le découragement
est monnaie courante
chez ceux qui
s'engagent dans
la solidarité.
Les déceptions,
les incompréhensions,
sous le poids
des blessures
de la guerre et
de la pauvreté,
sans oublier les
difficultés
à obtenir
des financements
durables, barrent
souvent la route
à ceux
et celles qui
tentent d'aider
la collectivité.
Sur un échantillon
de 50 porteurs
de projets dont
j'ai suivi les
débuts
entre 1997 et
1999, cinq seulement
ont atteint leur
5ème année
d'existence. Une
partie d'entre
eux ont définitivement
lâché
le monde associatif.
Certains ont bifurqué
vers la politique
(12 cas), ou migré
en Occident (23
cas).
Les projets portés
par les leaders
associatifs femmes
s'imposent dans
l'ensemble, si
l'on considère
les plus anciens
et les plus importants
dans le pays.
Ces vingt dernières
années,
quelques grandes
figures dominent
largement le paysage
associatif burundais,
principalement
dans les domaines
liés à
la famille, à
l'enfance et à
l'économie
solidaire de base.
"Remarquez
que les hommes
excellent dans
des associations
dont les objectifs
sont proches de
la politique,
comme les réseaux
basés sur
les notabilités.
Conséquence:
ils sont vite
débauchés",
me faisait remarquer
la semaine dernière
un observateur
avisé de
la société
civile locale.
Pour un autre
observateur des
dynamiques alternatives
du développement,
"certains
hommes ont déçu
les bailleurs:
ils ont été
financés
et se sont volatilisés
dans la nature.
Les femmes rassurent
plus parce qu'elles
se sont montrées
les plus fidèles
ces dernières
années.
Du coup, les bailleurs
les soutiennent
dans la durée".
Prix
Nobel des enfants.
Spès Nihangaza
n'est pas la seule.
Plusieurs autres
figures féminines
du pays ont été
saluées
par la communauté
globale engagée.
On ne présente
plus par exemple
l'initiatrice
de la "Maison
Shalom",
Maman Maguy comme
on l'appelle au
pays, de son vrai
nom Marguerite
Barankitse. A
la frontière
avec la Tanzanie,
cette dame a construit
un véritable
havre pour les
déshérités,
des écoles
et un hôpital
notamment, accueilli
près de
10.000 orphelins.
On dit qu'elle
est l'Africaine
la plus distinguée
au niveau international,
avec de nombreuses
décorations
parmi les plus
prestigieuses
comme le Prix
Nobel des enfants
obtenu en 2003.
Jeanne
Gapiya,
elle, a été
la première
à se battre
pour que le sida
ne soit pas une
fatalité.
Elle-même
séropositive,
elle mobilise
les communautés
atteintes dès
1993, crée
une association
(l'Anss) pour
prendre en charge
les personnes
atteintes. Son
travail est cité
comme une référence
dans toute l'Afrique.
Pour ne citer
que quelques exemples
encore, Dr
Marie José
Mbuzanakamwe
est elle aussi
engagée
sur le terrain
du VIH depuis
plusieurs années,
avec une force
qui épate
(voir son dernier
plaidoyer lors
du dernier congrès
de l'Ais rapporté
ici, ). Esther
Kamatari,
avant de s'engager
ces dernières
années
dans la vie politique
française,
a été
l'initiatrice,
faut-il le dire,
de cette pratique
solidaire originale
qui consiste à
placer les enfants
orphelins dans
des familles d'accueil.
A l'époque,
à la fin
des années
90, des centaines
de milliers de
Burundais sont
réfugiés
ou déplacés.
Les associations
féminines
telles Swaa-Burundi,
ou l'Association
burundaise pour
le bien-être
familial –
Abubef, se développent
sans discontinuer
depuis le début
des années
90.
En plus des noms
déjà
cités,
le journal local
Iwacu qui consacre
pour février
prochain un numéro
spécial
aux "50 personnalités
qui font avancer
le pays",
signale la leader
syndicale Eulalie
Nibizi (déjà
Prix national
du Bon Citoyen
2008). La liste
comprend aussi
Gertrude Kazoviyo,
la dirigeante
et cheville experte
de l'Observatoire
de l'Action Gouvernementale.
Mireille Niyonzima
(Association pour
la défense
des droits de
la femme), considérée
comme une féministe
pionnière
de par son combat
contre les injustices
et les violences
faites aux femmes,
est citée
également
(source: L.Rugero
et C. Bitsure
du Journal Iwacu).
La plus ancienne
résistante
du pays.
Ce n'est pas seulement
sur le terrain
humanitaire que
les Burundaises
excellent. En
politique, l'on
sait que le premier
chef résistant
contre les colons
et les exploitants
locaux était
...une résistante,
du nom d'Inamujandi
(dans les années
1935). Plus récemment,
Sylvie
Kinigi
a véritablement
bousculé
les coutumes politiques
locales. Alors
Premier ministre,
en 1993, cette
dame a dit non
à un groupe
de putschistes
de sa propre ethnie
qui venait d'assassiner
le Président
élu de
l'ethnie rivale.
Dans un pays habitué
au suivisme ethnique,
surtout chez les
leaders politiques,
elle fut considérée
comme une "traîtresse"
par les plus conservateurs,
et comme une apôtre
de la paix par
les défenseurs
des droits humains.
Elle est depuis
au service des
Nations Unies
avec lesquelles
elle s'est dernièrement
impliquée
par exemple dans
la conception
du "Pacte
de sécurité,
stabilité
et développement"
ratifié
par 11 pays de
la région
des Grands Lacs
. Comme quoi le
Burundi, qui n'a
pas de matières
premières
à exporter,
peut toujours
compter sur son
savoir-faire féminin.
A bientôt. |